Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ; Tout, la haine et le deuil !
Et ne m’objectez pas Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas. Écoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle, Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle, Vous dites à l’oreille du plus mystérieux de vos amis de cœur
Ou si vous aimez mieux, Vous murmurez tout seul, Croyant presque vous taire,
Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre, Un mot désagréable à quelque individu. Ce mot — que vous croyez qu’on n’a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre — Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ; Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main, De bons souliers ferrés, un passeport en règle ; Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ; Il suit le quai, franchit la place, et cætera Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues, Droit chez le citoyen dont vous avez parlé. Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,
Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, Entre, arrive et railleur, regardant l’homme en face Dit : « Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »
Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel.
[ Victor Hugo ]
À propos du découpage du poème
Dans les éditions de référence, ce poème ne présente pas de découpage en strophes. Il est composé d’une suite continue de vingt-huit alexandrins à rimes plates : chaque vers compte douze syllabes et les rimes se suivent par paires, selon le schéma AA, BB, CC, etc. Cette disposition est dite stichique.
Le découpage métrique ne coïncide pas toujours avec le découpage syntaxique. Une phrase peut se poursuivre dans le vers suivant : c’est un enjambement. Ailleurs, une ponctuation située au milieu d’un alexandrin sépare ses deux hémistiches de six syllabes. Ainsi, le retour à la ligne obéit d’abord au mètre et à la rime, même lorsqu’il semble interrompre le mouvement naturel de la phrase.
La présentation retenue ici privilégie plutôt les unités de sens et une lecture aisée à l’écran. Elle resegmente certains alexandrins et regroupe visuellement le texte en tercets. Elle rend la progression syntaxique plus perceptible, mais laisse moins apparaitre la structure métrique de l’original.
Pour consulter le découpage métrique traditionnel :
- MÉTRIQUE EN LIGNE — Université de Caen
- Victor Hugo, Toute la lyre, dans le manuel Horizons pluriels — Nathan
Crédit rédactionnel
Cette section a été rédigée par Codex, un agent d’IA d’OpenAI, à la demande de l’auteur du site.
Source du poème
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